← Journal

Excel · Formation · Apprentissage6 min

Pourquoi vous avez tout oublié de votre formation Excel.

On apprend trente fonctions en deux jours, on en utilise trois au bureau, et le reste s’efface. L’oubli n’est pas un défaut de mémoire. C’est un défaut de transfert.

Vous avez suivi une formation Excel. Vous avez pris des notes. Vous avez coché les cases. Deux mois plus tard, il ne reste presque rien. Ce n’est pas rare. Ce n’est pas non plus un manque de sérieux.

Le mécanisme est connu : on apprend sur un fichier fictif, on voit trente fonctions en deux jours, on rentre au bureau où l’on n’en utilise que trois, et le reste s’efface en quelques semaines. Ce qui n’est pas appliqué dans le mois qui suit est perdu.

L’oubli n’est pas un échec personnel

Beaucoup se culpabilisent. « Je n’ai pas retenu. » « Je ne suis pas faite pour ça. » En réalité, le cerveau fait ce qu’il fait toujours : il garde ce qui sert, et laisse tomber le reste.

Une formation dense, hors contexte, crée surtout une impression de maîtrise. Elle crée rarement une compétence durable. On reconnaît une fonction sur une slide. On ne la retrouve pas face à son propre fichier, sous pression, avec un métier qui attend une réponse.

Le vrai sujet, c’est le transfert

La difficulté réelle n’est pas de savoir écrire RECHERCHEX. C’est de reconnaître que son problème est un problème de recherche. Or ça, on ne l’apprend que sur ses propres données.

Sur un fichier fictif, le formateur a déjà choisi le problème. Les colonnes sont propres. La réponse est prévue. Dans la vraie vie, le problème est flou. Les en-têtes sont ambigus. Les doublons existent. Le métier change d’avis. Savoir « quelle fonction » n’aide pas si l’on ne voit pas « quel type de problème ».

Le transfert, c’est ce passage : du geste démontré au diagnostic autonome. Sans ce passage, la formation reste un souvenir agréable. Pas un outil.

Pourquoi le format classique casse le transfert

Deux jours. Beaucoup de fonctions. Peu de temps pour refaire sur son cas. Puis retour au bureau, où l’urgence reprend le dessus. On revient aux trois gestes connus. Le nouveau reste sur le carnet.

Ce n’est pas que la formation est inutile. C’est qu’elle est souvent conçue comme un catalogue, pas comme un entraînement au jugement. Or Excel, au quotidien, c’est surtout du jugement : quoi structurer, quoi automatiser, quoi laisser simple, quoi documenter.

Ce qui reste vraiment

Ce qui reste, ce n’est presque jamais la liste des fonctions. C’est ce qu’on a appliqué tout de suite : une table rangée, un tableau croisé qui remplace trois copier-coller, une requête Power Query qui évite le lundi manuel.

La compétence se fixe quand elle sert dans les trente jours. Pas quand elle est admirée sur un écran de formation.

Comment former (et se former) autrement

Trois principes changent la donne.

Premier : partir du fichier réel. Pas d’un jeu de données parfait. Du reporting du mois, de l’extraction bancale, du tableau que tout le monde craint.

Deuxième : moins de fonctions, plus de diagnostics. Apprendre à dire « ici, j’ai un problème de jointure », « ici, j’ai un problème de granularité », « ici, la couleur porte une information qu’il faudrait mettre en colonne ».

Troisième : une application immédiate. Ce qui n’est pas mis en production dans le mois doit être considéré comme non acquis. Ce n’est pas sévère. C’est réaliste.

Après plus de dix ans à accompagner des équipes sur la donnée, je le vois souvent : les gens n’ont pas « tout oublié » parce qu’ils sont mauvais élèves. Ils ont oublié parce qu’on leur a enseigné Excel comme une liste, alors que le métier demande une lecture.

Si votre dernière formation s’est évaporée, ce n’est pas une sentence. C’est un signal. Le prochain apprentissage doit se faire sur vos données, avec un objectif net, et une mise en pratique avant que l’oubli ne fasse son travail.

Continuer

Arielle Toghau · Ingénieure. Fondatrice.

Elle transforme la complexité en clarté, dans la donnée et dans les produits qu’elle construit.

Tous les articlesLinkedIn